L’Enfant, le Vieillard et le Géant

Au départ, une histoire qui se repète

conte Claire Rosart

 

 

Là, sur le chemin la Transition, où se croisent les explorateurs et bâtisseurs de notre monde en changement, il arrive de croiser un Enfant, un Vieillard, et un Géant devisant devant un obstacle.

Car ce chemin nouveau qui porte les rêves de leurs élans d’humanité, connait également, dans la loi de sa nature, ses propres obstacles.

cartesChacun d’eux porte à la main, la carte des rêves et ambitions qu’il poursuit et auxquels il vient donner corps sur ce sentier.

Chacun un chemin imaginé.
Différent, et complémentaire…

Des chemins qui avancent dans le même sens, donnant ainsi corps à la géographie de ce nouveau monde à co-construire.

outils
En prévisions de cette aventure, chacun s’est pourvu de ses meilleurs outils.
Soigneusement choisis, polis, parfois même imaginés et inventés pour l’occasion !

Et là, en réponse à cet obstacle, ce sont ces outils qu’ils tirent de leur sac à dos.

Mais, façonnés sur des ouvrages appartenant au monde qu’ils sont en train de quitter, ils sont encore teintés de leurs anciennes habitudes et fonctionnements.
Plus entraînés qu’ils sont tous les trois, à cet ancien monde, dans leurs réflexes et rêves tout neufs. Dans l’angle mort de leurs sac à dos.

Ce faisant, tout en n’épargnant pas leur sueur et en donnant le meilleur d’eux-même, ce sont les anciens gestes et vieux schémas qu’ils répètent.
Recréant ainsi ce même environnement dont ils souhaitent pourtant s’éloigner.

pic

Observer nos vieux réflexes

Car sur le chemin neuf, comme sur le chemin vieux, lorsque connaissance et outils ne sont pas encore affinés, on chute, devant les obstacles.

Et c’est à cet endroit du beau chemin de leur transition, que s’invitent réactivité, réflexes de protection et douleur.
Étonnement et suspicion…
Comment est-ce possible avec mes outils tout neufs et bien pensés ?

A cet endroit de l’aventure, quand l’enfant tombe, il lui est tentant de déplorer la petite taille. Et d’accuser le géant de ne pas l’en avoir préservé, lui qui avait les moyens de voir haut !
Quand le géant est par terre, il lui est tentant de déplorer la grande taille. Et d’accuser l’enfant de n’avoir pas bien fait, lui qui était si près du terrain !
Quand le vieillard se retrouve par terre, il lui est tentant de déplorer le flou. D’accuser les deux autres de voir encore moins clair, et de faire cavaliers seuls !

Pour chacun, une fois par terre, il est tentant d’accuser tous ceux qui ne le sont pas. D’accuser l’Autre de ne pas regarder au bon endroit, de ne pas pratiquer les bons outils.
De les percevoir comme des complices de l’endroit qui fait chuter.
Comme ceux qui rendent ça possible. Ou « encore » possible.

Et pourtant…

Celui qui chute, tient un morceau d’éveil

L’histoire raconte que c’est à cet endroit que la véritable histoire a commencé.
Et que l’on aurait entendu l’enfant tenir ces propos:

« Nous devrions nous arrêter.
Et apprendre à regarder par terre !
A aiguiser notre regard, et à voir au delà de la chute. Ou de celui qui chute.
Regarder, pour Voir, ce qui nous fait trébucher !

Parce que c’est là, précisément là, que se trouve ce qui se répète, et nous a menés ici. Ce qui nous réunit, dans nos élans de Transition »

Et c’est ainsi qu’un beau matin, ils décidèrent d’emprunter une autre voie.
De dépasser ensemble, et dans leurs plus belles différences, cette réactivité et cette course première, pour faire plus clairement connaissance, avec cette chose qui fait trébucher.
Ce jour là, ils ont pris le temps de s’aider à se relever, à reprendre de la hauteur, et ont commencé à s’élever, mutuellement, à partir même de leurs chutes.

Parce que quand le géant est debout, il peut témoigner de ce que les autres ne voient pas.
Quand l’enfant est debout, il peut témoigner de ce qu’il voit avec précision dans  son angle restreint.
Et quand le vieillard est debout, il peut témoigner de l’impalpable qu’il saisit, et que les autres ne perçoivent pas.
Avant de se rasseoir, tous, autour de l’obstacle et de prendre le temps de l’outiller en fonction de sa réalité.
Ou d’y affiner ses outils.

Depuis, au coin du feu, ils prennent le temps d’apprendre à offrir leurs témoignages de l’endroit, et du moment où l’on trébuche. L’Enfant, le Géant et le Vieillard, peuvent alors s’offrir, et offrir au monde, une géographie affinée de cet endroit délicat.
Dans le même temps, où, en témoignant, ils s’offrent à eux-même une conscience et une compréhension plus pleine de ce qui les fait chuter. A partir de leur propre réalité.

Ils peuvent témoigner alors, qu’il y a autant de points de vigilance à écouter devant cet obstacle.
Qu’il est différent pour chacun, mais obstacle pour tous.

Aucun comme une vérité, mais chacun comme une part de la réalité.

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Et sur ce chemin là, nous pourrons les croiser.
Humbles, accueillants, patients et persévérants. Témoignant que la réponse n’est pas dans la vitesse, mais dans le fait de savoir s’arrêter, et regarder.
Observer la répétition.

Témoignant, à partir de leurs propres chutes, que la réponse la plus pleine qu’ils aient pu toucher, n’a jamais été dans la capacité à condamner avec acuité, devant cet obstacle, mais en celle d’être capables d’apprendre, et d’offrir son angle de vue. Son angle de chute.
Jamais assené. Jamais comme une vérité… mais comme une part de la réalité.

Ils pourront alors nous raconter, que de la Vérité, ils n’en savent rien. Mais que de cet obstacle, ils en tiennent un petit bout.
Qui ne peut être un fragment de Vérité, que lorsqu’il est complété par d’autres points de vue.
D’autres points de vie.

Différemment sourcés.

Que c’est ici que le chemin se construit.
Dans le Partage et Eclairage Mutuel. La Compréhension.

La volonté de Grandir.
Ils transmettent alors les réflexes et mécanismes qu’ils ont réussi à construire ensemble, pour s’outiller sur cette nouvelle part de conscience… avant de se remettre eux même en route, sur leurs propres chemins.
Pour s’en aller construire sur des fondations éclairées, et stabilisées, cette autre version du monde à laquelle ils aspirent.

Celui qui témoigne, tient un morceau d’éveil

Nos vagabonds ainsi éclairés, dans leurs plus belles pertinences, ont appris à témoigner de leurs faiblesses, comme une force à offrir.
Pour que les suivants à passer sur cet obstacle puissent être éclairés, eux aussi.

Puis… éclairants à leur tour…

Car ces nouveaux voyageurs apporteront ainsi à leur tour un nouveau point de vue de cet endroit. Prévenus et attentifs qu’ils seront.
De nouveaux voyageurs qui comprendront et connaitront cet obstacle comme une réalité du paysage.

En-capacité(s) à l’observer autrement.
Avec moins de réactivité, de réflexes de protection ou de douleur.
Avec plus d’acuité.

Parce qu’ils pourront s’arrêter avant de tomber. Et l’appréhender à partir de ce moment là, encore peu connu et peu agile.

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Celui qui s’efface, tient un morceau d’éveil

Et, lorsqu’à la croisée d’un chemin, on a la chance d’observer et d’écouter ces voyageurs, ceux qui ont chuté, ceux qui s’entraînent à l’équilibre et ceux qui ne chutent plus, on peut alors prendre conscience d’une autre magie de l’aventure.

Sous nos yeux, apparaît La Source
de leurs témoignages et focales offerts, nourrie par la plus grande des Humilités, et le plus difficile des outils:

La capacité d’accepter, qu’aucun d’eux… n’est le Héro de l’Histoire.

Pour aller plus loin, un petit cadeau, à savourer lentement. Pour les coulisses de nous même:k5051013-1

1 réflexion au sujet de “L’Enfant, le Vieillard et le Géant”

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